Jacques JARRIGE

Né à Paris en 1962 Jacques Jarrige découvre très tôt l’univers
des formes et la peinture du début du siècle grâce à un père
collectionneur et amateur d’art.
Ces impressions d’enfance, cette intimité quotidienne avec
les oeuvres furent suffisamment profondes pour devenir, comme
l’a dit Rilke « Sang, regard, geste » pour passer du souvenir
à la création. De là sans doute est né ce sens aigu de l’espace,
ce goût de la construction qui le poussent vers des études
d’architecture. Mais très vite il comprend qu’il ne peut se satisfaire
seulement de plans, d’un espace abstrait et mental. L’épure sur
une feuille de papier ne lui suffit pas et la nécessité de faire par
lui-même, de travailler directement avec la matière s’impose.

A partir de dessins auxquels il souhaite donner corps, il commence
à faire plier le fer, le bois à l’aide d’outillage très simple.
Dans la solitude de son atelier, il prend le risque de se mesurer
à la résistance des matériaux, apprenant ainsi son métier
d’artiste-artisan, comme il aime le revendiquer.
De cette vraie confrontation va naître peu à peu un vocabulaire
technique et formel tout à fait personnel. Fer, bois, pierres, miroirs,
plomb, laiton, pièce mécaniques ondulent au gré de  la fantaisie
de Jacques Jarrige. Rien de capricieux cependant, d’inutile ou
d’insignifiant dans ces formes nouvelles qui ont toujours la grâce
et le « naturel » d’une efflorescence.

C’est à la galerie « En attendant les Barbares » que Jacques
Jarrige  comme bien d’autres artistes des années 80, pourra
s’épanouir en cela dégagé et encouragé par Frédérique de Luca
qui a su avec un œil très sûr réunir autour de lui toute
une « famille » de jeunes créateurs.

Une première exposition en 1989 aux Entrepôts  de Bercy,
avec un ami peintre Fréderic Monnet lui permet d’expérimenter
le dialogue entre ses meubles, la peinture et l’espace d’un lieu
vivant et intense voué à une destruction prochaine. Le bois
présent par touches devient matière « première ».
Au départ  envisagé comme un plan à sculpter et à travailler,
il gagne en volume et en épaisseur.
Deux expositions à la galerie « En attendant les Barbares »
témoignent de cet épanouissement du vocabulaire de
Jacques Jarrige entre 1991 et 1993.

Désormais, après avoir aggloméré et collé des plaques de médium
pour constituer une masse, il sculpte, enlève et creuse dans
l’épaisseur pour que ses meubles prennent forme. C’est en laissant
place au vide que le « plein » de la matière se condense et respire,
que les lignes se tendent et vibrent. Il lui reste à teinter, vernir,
patiner pour achever la « transmutation » : vouer à la légèreté
ce qui était lourd, à la profondeur ce qui était plan.
Aujourd’hui cette démarche s’est affirmée dans la recherche
de l’équilibre entre le vide et plein, espace et matière.

Qu’il métamorphose le métal ou le bois, Jacques Jarrige garde
toujours le souci de la fonction première du meuble, le désir
d’y répondre par des solutions artisanales, ingénieuses, en un mot
originales. Et les objets tranquilles nés de cette alchimie habitent
la maison de leur présence silencieuse et légère, comme pour
mieux vous inciter à cultiver « le sens amical du quotidien » ………

Jérôme Godeau
Jacques JARRIGE